Déviance et Société n°4 , 2001.

Politique de prévention et de sécurité en Grèce:
Le contrôle politique, passé et présent
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Sophia Vidali
Messologhiou 90
12131 Peristeri, Athens Greece
vidali.s@socadm.duth.gr


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Le contenu de l'article (page 1) :

I. L’évolution socio-politique et la politique de prévention et de sécurité en Grèce

1. Le contexte politique de la politique de prévention et de sécurité

L’ordre public, le contrôle social, la paix sociale, la politique de prévention et de sécurité et ses différents contenus sont des termes, ou plutôt des termes-clés, qui ont déterminé la relation entre le normal et l’anormal, le légal et l’illégal et, relativement d’après certains auteurs, la relation entre les intérêts des différentes classes sociales et ceux de l’élite au pouvoir (Baratta, 1982, 180; Bergalli, 1997, 152; Hebberecht, Sack, 1997, 22, 31; Hugues, 1998, 13). Tous ces termes-clés sont des concepts, qui concernent la perception du phénomène de l’État moderne. L’évolution et la transformation sociale et politique des sociétés occidentales au cours des vingt dernières années ont provoqué des changements d’attitudes et de politiques vis-à-vis des situations problématiques et des problèmes sociaux (Bergalli, 1997, 160-162; Young, 1999, 14-18). Le déclin de l’État-providence traditionnel et le processus de mondialisation ont marqué les politiques de contrôle de la délinquance. Dans ce contexte, les concepts de prévention, de répression, de contrôle, et de paix sociale – qui n’ont jamais constitué des concepts homogènes dans leur application – ont été transformés. Ils ne désignent plus seulement la criminalité au sens strict mais ont acquis une signification sociale élargie (Melossi, 1990, 180; Panoussis, 1994, 16-18).
C’est dans ce contexte que l’on voit apparaître en Grèce, au cours de ces dernières années, toute une série de réformes institutionnelles, législatives et sociales. Pour comprendre la question de la criminalité et expliquer les politiques publiques associées, menées durant les dix dernières années, il faut se pencher d’abord sur la question de la politique de lutte contre la délinquance en la rapportant aux développements socio-politiques plus larges qui ont déterminé la physionomie de l’État grec.
De ce point de vue il est nécessaire de spécifier certains aspects typiques du cas grec, qui nous aideront à comprendre l’importance et les limites des récentes réformes dans le domaine de la prévention et de la sécurité:
– la politique de lutte contre la délinquance à long ou à moyen terme en Grèce existe depuis peu1;
– le système de justice pénale était toujours orienté vers une intervention répressive et autoritaire de lutte contre la criminalité;
– les réformes du système de justice pénale ont été régulièrement associées, fût-ce de manière latente, à une instrumentalisation politique, laquelle a constitué un trait caractéristique de la vie publique grecque.
La première question qui se pose sur ce que l’on vient de dire, porte sur les raisons et les conditions qui ont favorisé une telle conjoncture, et constitué un aspect constant de l’appareil d’État.
Pour répondre à cette question il faut se tourner vers les conditions dans lesquelles l’appareil d’État s’est formé et considérer comment elles furent associées à des conditions socio-politiques et économiques plus larges qui ont déterminé l’histoire sociale contemporaine de la Grèce.
Ce pays a connu un modèle spécifique de développement capitaliste que les spécialistes grecs appellent le capitalisme irrationnel2. Dans ce contexte, l’intégration sociale a toujours eu comme caractéristique principale ou unique le soi-disant critère politique, 1) dans la répartition du pouvoir et 2) dans la relation entre l’élite au pouvoir et les classes sociales. Au final, l’accent de cette domination a été mis: 1) sur une suprématie de la médiation politique sur toute autre forme de dialogue entre les classes sociales, 2) sur la solution autoritaire à des problèmes sociaux et 3) sur l’expansion du clientélisme personnel ou politique (Charalambis, 1989; Petmezidou, 1992).
Selon mon point de vue, il importe de souligner que ce développement capitaliste spécifique a influencé, non seulement la structure des appareils politiques de l’État, la fonction du système politique et le régime lui-même (Charalambis, 1989; Alivizatos, 1983), mais aussi le système de justice pénale. Ceci doit nous permettre de comprendre pourquoi, en Grèce, au XXe siècle, le caractère autoritaire et répressif de la politique de lutte contre la délinquance fut fortement lié au développement historique, politique et social du pays.
En outre, jusqu’à la fin des années 1970, la gestion de la question de la criminalité dépendait du besoin du régime de contrôler et de manipuler politiquement les mouvements socio-politiques puissants, qui se sont développés à différentes périodes du XXe siècle. Dans ce cadre, le système de répression pénale a notamment été instrumentalisé par les élites au pouvoir, afin de préserver leur domination économique et politique sur les classes sociales inférieures (Papacharalambous, 1998, 442; Alivizatos, 1983, 310; Charalambis, 1989, 37). C’est à partir de telles considérations qu’il faudrait sans doute répondre à la question qui s’impose: puisque le caractère dissuasif des mesures pénales a été insuffisant pour faire face à la criminalité, pourquoi les appareils de l’État grec persistent-ils dans ce modèle de politique? (Spinellis, 1982, 381-382).

2. Concepts traditionnels, prévention générale et politique des appareils répressifs

Les circonstances que nous venons d’évoquer permettent également de comprendre la raison pour laquelle il n’a jamais existé en Grèce une politique de lutte contre la délinquance (non institutionnelle) à caractère social, ni une élaboration d’une politique de lutte contre la délinquance générale, proprement dite. De plus, le paradigme dominant était celui de la prévention institutionnelle dans le contexte de la dissuasion générale préventive (Spinellis, 1982, 380). Cette politique était de la compétence des autorités de l’État, comme la police, les tribunaux correctionnels et le système pénitentiaire. Le cas grec se distinguait des autres pays européens car toute mesure de prévention de la délinquance était prise sur la base de la dimension dissuasive principalement symbolique, du droit pénal (Ibid.). Par conséquent, jusqu’à récemment, la prévention et la sécurité étaient perçues exclusivement comme relevant du domaine de l’application des lois pénales et de l’administration de la justice pénale afin de lutter contre la criminalité.



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